Articles

On a tou·te·s une santé mentale : Schizophrénie – l’histoire de Naama


-Dans ma chambre,
j’ai plein de posters de mangas et tout, et mes voix me disaient : “Fais gaffe, on te regarde !
Y a des caméras !” Et j’étais persuadée
que les personnages étaient vrais et qu’ils me fixaient,
qu’ils se moquaient de moi, et du coup,
je suis allée me cacher sous ma couette et je me suis mise à pleurer
et limite à crier. C’était une grosse source de terreur. “Pourquoi moi ? Pourquoi ça m’est arrivé ?” -Salut, c’est Océane.
Aujourd’hui, je suis allée rencontrer Naama. Elle souffre de schizophrénie dysthymique, et elle était contente
qu’on prenne le temps de se poser pour en parler,
parce qu’elle en a marre des clichés qu’on a
sur ce trouble psychique, marre que les gens flippent
juste quand on prononce ce mot, et en parler, ça permet de faire
un peu bouger les choses. Ça t’a quand même fait du bien,
à un moment donné, de te dire : “OK, j’ai mis un nom sur ce qui m’arrive.” Je dis pas qu’il faut mettre tout le monde
dans des cases, dans des étiquettes, mais juste pour se renseigner, en fait. -C’est qu’en lisant que
je me suis rendu compte de ce que j’avais, mais on me l’a jamais dit en face. Vraiment, le début du début, c’était à 14 ans,
j’ai fait une grosse grosse dépression, j’étais en gros délire,
j’avais des visions d’horreur, plein de cauchemars… “On veut me tuer, on est après moi,
tout le monde complote contre moi”, des trucs comme ça. Et je me renfermais chez moi,
je sortais plus, j’ai perdu tous mes amis… La dépression en général,
ça a duré quasiment un an, et plus le temps passait,
plus j’étais mal. Je me scarifiais,
je tentais de me suicider… Et quand je suis arrivée
en 2nde générale, je suis allée voir
la psychologue de mon lycée. Je me disais : “C’est bizarre,
j’ai des phases un peu extrêmes…” Et elle m’a orientée
vers l’infirmière du lycée, qui m’a orientée vers les urgences,
qui étaient juste en face du lycée. Enfin, derrière le lycée. Du coup, on est allées aux urgences,
je suis allée voir une psychiatre, et elle m’a hospitalisée
en hôpital psychiatrique. L’infirmière était à côté de moi, elle avait mon dossier dans les mains, et moi, je jette un petit œil,
parce que je suis curieuse, et je vois “schizophrénie dysthymique”. Du coup, je regarde devant moi,
je lui dis : “Mais attendez, c’est quoi, ça ?
C’est pas moi ! C’est pas mon dossier !” Quand j’ai vu le mot sur le dossier,
j’ai plus ressenti de la peur, parce que forcément,
quand on lit “schizophrénie”, je me suis dit : “Non, c’est pas moi,
je suis pas schizophrène !” Je me suis quand même renseignée, parce que “dysthymique”,
je savais pas ce que c’était. Et je me renseigne un peu sur Internet,
et je vois que la schizophrénie dysthymique, ça regroupe les symptômes
de la schizophrénie et de la bipolarité. Et là, je me suis dit :
“Ah ouais, elle a peut-être pas tort. C’est peut-être ça, ouais.” Après,
il y a plusieurs types de schizophrénie, mais il y a des trucs un peu principaux,
on va dire : c’est des idées délirantes, donc croire des choses
qui n’existent pas, du genre… Je croise le regard de quelqu’un,
je me dis : “Ça y est, il se moque de moi. Il pense à moi, il se dit du mal : ‘Regarde comme elle est moche,
regarde comme elle est conne’…” Enfin, des trucs comme ça. Et sinon, des gens
qui rigolent dans la rue entre eux, je me dis que forcément,
ils se moquent de moi, alors que non ! Ils me connaissent même pas,
pourquoi ils se moqueraient de moi ? Et il y a des hallucinations, ça touche tous les sens. C’était principalement
des voix que j’entendais et des hallucinations au niveau du toucher. C’était principalement des insectes
qui grouillaient sur la peau, c’était comme s’il y avait plein d’insectes
qui marchaient comme ça, là, partout sur le bras ou sur les jambes,
même sur le visage. Et je me disais :
“C’est obligé, les insectes sont là”, mais je les voyais pas. Et je me disais : “Si ça se trouve,
ils sont en dessous de la peau !” Du coup, je me grattais à sang
pour les faire partir. Évidemment, y a rien qui sort, mais je continuais de gratter
jusqu’à ce que ça saigne, et après, je m’arrêtais,
parce que j’avais la main en sang. Troubles de l’humeur, bipolarité, ça a des phases hautes, avec des délires
un peu mégalomaniaques, érotomaniaques. J’avais “traqué” un garçon
pendant trois ans au collège, j’étais persuadée
qu’il était amoureux de moi. C’est un peu gênant à raconter, mais je pensais que mon psychiatre
avait aussi des sentiments pour moi. Je sais pas comment ça m’est venu,
mais j’étais persuadée, et du coup, je faisais tout
pour le suivre du regard… C’est vraiment gênant à raconter,
mais… bon bah j’assume, quoi. Et ça a aussi des phases basses, des dépressions. Ce qui me fait du bien, c’est tout ce qui est mangas et dessin. C’est un peu ma bulle, mon cocon,
et je me réfugie là-dedans quand je suis pas bien. Et quand j’entends des voix, je dessine ou je m’occupe l’esprit, en écoutant de la musique
ou en lisant un bouquin. Au début, c’était assez compliqué, parce que j’étais braquée
sur ce qu’elles disaient, j’entendais plus rien… Mais maintenant, j’arrive à les faire passer, quoi. Alors, en hôpital psychiatrique,
en un an et demi, j’y suis allée huit fois. L’hôpital psychiatrique,
en général, c’est assez ennuyant, mais les gens sont à l’écoute, quand même.
Ça, c’est bien. Il y a des gens qui sont un peu comme nous,
donc on n’est pas jugés. Puis les infirmières,
elles nous jugent pas non plus. C’est pas des gens à l’extérieur
qui disent : “Mais t’es tarée !” Enfin, sauf la famille ou les amis,
qui peuvent un peu se poser des questions. Quand je suis arrivée
en hôpital psychiatrique, tout le monde s’est braqué
et m’a totalement lâchée, tout le monde s’est dit : “Elle est tarée.” La première réaction de mes amies de lycée, c’était :
“Mais t’es pas nette, t’es bizarre…” Voilà. Et je me rappelle même,
ça m’avait choquée : elles pensaient que c’était contagieux,
ce que j’avais. Ça m’a fait rire, c’est totalement absurde,
parce que non, ça ne l’est pas ! Les maladies psychiques,
c’est psychique, c’est dans la tête ! C’est pas comme une grippe, je vais pas te tousser dessus
et hop t’es bipolaire, quoi ! Quand on entend les voix, faut pas les écouter, surtout. Elles disent n’importe quoi,
elles font tout pour nous rabaisser, faut surtout pas les écouter. Du coup, j’ai dit :
“Bon, bah allez vous faire foutre.” Je vais aller dessiner,
je vais faire quelque chose, je m’occupe
et ça disparaît petit à petit, et je me dis : “Bon bah c’est passé !
Voilà, je suis calmée !” -Impeccable ! -Aïe ! J’ai presque des crampes. -Désolée ! -J’ai mal aux pieds parce que
j’ai pas bougé pendant toute l’interview. -T’aurais été capable de témoigner comme ça
il y a 2-3 ans, au tout début ? -Non, j’aurais pas été capable. J’aurais pas du tout assumé,
je me serais encore plus enfoncée, genre : “Mais je suis malade !” Mais dire “malade”, ça fait… direct, quoi. Je mets que j’ai des troubles
et c’est tout, je fais avec. Ça fait partie de moi. -Honnêtement, moi,
Naama m’a bluffée, parce qu’elle a 18 ans. Pour aborder ce sujet à son âge,
faut quand même être assez solide. Aujourd’hui,
c’est impressionnant, le recul qu’elle a ! Quand on entend des voix, on fait quoi ? Bah on leur dit d’aller se faire foutre,
évidemment ! Si vous vous retrouvez
dans le récit de Naama ou si vous pensez qu’une personne
de votre entourage est concernée, le premier réflexe, c’est d’aller consulter, car la schizophrénie
touche 1 % de la population, et plus tôt on la prend en charge,
plus le traitement sera efficace.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *